Samedi 23 septembre 2006 6 23 /09 /2006 14:44
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Par serge - Publié dans : EDUCATION
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Commentaires

Quelle idée pour changer l’école ?

Changer l'école ? Je suppose que cela signifie la rendre performante pour le plus grand nombre, la rendre porteuse de sens et non en faire un lieu de transit obligé en attendant l'âge de la vraie vie; autrement dit qu'elle soit un lieu de réussite, donc de plaisir. Souhaiter cela, c’est donc reconnaître que beaucoup d’élèves sont en échec, beaucoup trop.
Or, il n'est pas vrai que les élèves n'ont pas envie de réussir, de bien faire; dans la plupart des cas, ils ne demandent que ça, justement parce que réussir fait plaisir. Encore faut-il que l'école leur propose des exercices qu’ils peuvent réussir. Est-ce à dire que les exigences de l’école sont hors de portée des élèves ? Actuellement c’est trop souvent le cas pour beaucoup d’entre eux ; mais ça ne signifie pas qu’ils sont intrinsèquement incapables de réussir dans ces exercices. Il ne faut donc pas abaisser le niveau, au contraire il faut faire en sorte qu’ils puissent y accéder.
Or les savoirs qu'ils doivent maîtriser pour cela sont essentiellement véhiculés par le langage, d'où les déclarations officielles (justifiées) insistant sur la maîtrise du langage et de la lecture.
Aussi, déclarer que ceux qui ne savent pas lire ne passeront plus en 6ème (Sarkozy), c'est prendre le problème par la fin. On devrait se demander pourquoi ces élèves-là ne savent pas lire à onze ans (lire, c'est-à-dire construire du sens). Seraient-ils nés avec une zone du cerveau définitivement réfractaire aux activités langagières ?
On sait bien que la pratique du langage, tant oral qu’écrit, n’est pas la même selon le milieu de vie dans lequel on évolue. Le déterminisme socio-culturel pèse sur bien des individus et, le plus souvent, il décide du comportement scolaire (en négatif comme en positif).
Que peut l'école face à cela pour les plus démunis ?
Elle ne peut évidemment pas changer la société à elle toute seule, en particulier l’ordre économique et social, mais elle peut tenter de remédier aux insuffisances du milieu et, en premier lieu, au déficit de pratique langagière qui met l'élève en "insécurité linguistique" pour reprendre l'expression de Bentolila ("Tout sur l'école" chez Odile Jacob, un must).
Il me semble donc que la toute première chose à faire est de donner aux enfants toutes les chances linguistiques de réussir. On voit bien qu’ici, à la Réunion, en milieu créolophone, les petits des hauts (mais pas seulement) arrivent à l’école avec un gros handicap, leur bagage linguistique étant quantitativement et qualitativement inférieur à celui de leurs camarades plus favorisés (zoreilles en particulier mais pas seulement non plus), ce qui est normal puisque c’est essentiellement le créole qui leur permet de communiquer (je ne dis pas pour autant qu’il faut supprimer le créole, surtout pas, et il n’y a aucun jugement de valeur dans mon propos). On retrouve d’ailleurs le même problème dans nos banlieues de métropole mais avec des paramètres différents liés à la « culture de banlieue ». Et que dire de Mayotte ? Or le créole, comme la langue des cités ou le mahorais, n’est pas la langue de l’école.
Pour combler le déficit de moyens langagiers (vocabulaire, syntaxe, expression, …), ne faudrait-il donc pas faire pratiquer intensivement la langue aux tout-petits au lieu de se lamenter sur la situation de non lecteur de l'élève à l'entrée en 6ème ? 4h par jour de pratique du langage avec des groupes de 10 dès deux ans, ça devrait modifier la donne, non ? (C’est un exemple, bien sûr; je ne sais pas précisément comment il faudrait quantifier les activités et les publics mais je suis certain qu'une pratique intensive et élaborée changerait beaucoup de choses au moment de l'apprentissage de la lecture).
Naturellement on va me taxer d’irréaliste. Et les moyens, y as-tu pensé ? Oui, cela coûterait cher. Mais que veut-on exactement ? Se donner bonne conscience sur le mode déploratif ou réellement s’attaquer au problème ?
Ne peut-on pas, par exemple, essayer de repérer les enfants qui pourraient entrer à la maternelle à quatre ans sans dommage et réserver la tranche des deux-quatre ans aux élèves en difficulté (= en souffrance langagière) ?
Ou alors tripler, quadrupler, quintupler le nombre de maîtres E (ou G, je ne sais plus exactement) ? Ou autre chose, que sais-je ?
A qui peut-on faire croire qu’à notre époque, on ne pourrait pas s’attaquer à l’illettrisme avec succès ?
Qu’on ne dise pas que c’est impossible ou déraisonnable. A moins qu’en fin de compte, la situation présente n’arrange tout le monde. Rappelons-nous le livre de Bourdieu, « La reproduction ». Si tout le monde réussissait, quel serait le mode de désignation des élites ?
Commentaire n°1 posté par Patrice le 19/09/2006 à 14h10

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