Samedi 23 septembre 2006
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8 idées vous sont proposées pour changer l'école:
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Remplissez le Sondage
Par serge
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Publié dans : EDUCATION
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Changer l'école ? Je suppose que cela signifie la rendre performante pour le plus grand nombre, la rendre porteuse de sens et non en faire un lieu de transit obligé en attendant l'âge de la vraie vie; autrement dit qu'elle soit un lieu de réussite, donc de plaisir. Souhaiter cela, cest donc reconnaître que beaucoup délèves sont en échec, beaucoup trop.
Or, il n'est pas vrai que les élèves n'ont pas envie de réussir, de bien faire; dans la plupart des cas, ils ne demandent que ça, justement parce que réussir fait plaisir. Encore faut-il que l'école leur propose des exercices quils peuvent réussir. Est-ce à dire que les exigences de lécole sont hors de portée des élèves ? Actuellement cest trop souvent le cas pour beaucoup dentre eux ; mais ça ne signifie pas quils sont intrinsèquement incapables de réussir dans ces exercices. Il ne faut donc pas abaisser le niveau, au contraire il faut faire en sorte quils puissent y accéder.
Or les savoirs qu'ils doivent maîtriser pour cela sont essentiellement véhiculés par le langage, d'où les déclarations officielles (justifiées) insistant sur la maîtrise du langage et de la lecture.
Aussi, déclarer que ceux qui ne savent pas lire ne passeront plus en 6ème (Sarkozy), c'est prendre le problème par la fin. On devrait se demander pourquoi ces élèves-là ne savent pas lire à onze ans (lire, c'est-à-dire construire du sens). Seraient-ils nés avec une zone du cerveau définitivement réfractaire aux activités langagières ?
On sait bien que la pratique du langage, tant oral quécrit, nest pas la même selon le milieu de vie dans lequel on évolue. Le déterminisme socio-culturel pèse sur bien des individus et, le plus souvent, il décide du comportement scolaire (en négatif comme en positif).
Que peut l'école face à cela pour les plus démunis ?
Elle ne peut évidemment pas changer la société à elle toute seule, en particulier lordre économique et social, mais elle peut tenter de remédier aux insuffisances du milieu et, en premier lieu, au déficit de pratique langagière qui met l'élève en "insécurité linguistique" pour reprendre l'expression de Bentolila ("Tout sur l'école" chez Odile Jacob, un must).
Il me semble donc que la toute première chose à faire est de donner aux enfants toutes les chances linguistiques de réussir. On voit bien quici, à la Réunion, en milieu créolophone, les petits des hauts (mais pas seulement) arrivent à lécole avec un gros handicap, leur bagage linguistique étant quantitativement et qualitativement inférieur à celui de leurs camarades plus favorisés (zoreilles en particulier mais pas seulement non plus), ce qui est normal puisque cest essentiellement le créole qui leur permet de communiquer (je ne dis pas pour autant quil faut supprimer le créole, surtout pas, et il ny a aucun jugement de valeur dans mon propos). On retrouve dailleurs le même problème dans nos banlieues de métropole mais avec des paramètres différents liés à la « culture de banlieue ». Et que dire de Mayotte ? Or le créole, comme la langue des cités ou le mahorais, nest pas la langue de lécole.
Pour combler le déficit de moyens langagiers (vocabulaire, syntaxe, expression, ), ne faudrait-il donc pas faire pratiquer intensivement la langue aux tout-petits au lieu de se lamenter sur la situation de non lecteur de l'élève à l'entrée en 6ème ? 4h par jour de pratique du langage avec des groupes de 10 dès deux ans, ça devrait modifier la donne, non ? (Cest un exemple, bien sûr; je ne sais pas précisément comment il faudrait quantifier les activités et les publics mais je suis certain qu'une pratique intensive et élaborée changerait beaucoup de choses au moment de l'apprentissage de la lecture).
Naturellement on va me taxer dirréaliste. Et les moyens, y as-tu pensé ? Oui, cela coûterait cher. Mais que veut-on exactement ? Se donner bonne conscience sur le mode déploratif ou réellement sattaquer au problème ?
Ne peut-on pas, par exemple, essayer de repérer les enfants qui pourraient entrer à la maternelle à quatre ans sans dommage et réserver la tranche des deux-quatre ans aux élèves en difficulté (= en souffrance langagière) ?
Ou alors tripler, quadrupler, quintupler le nombre de maîtres E (ou G, je ne sais plus exactement) ? Ou autre chose, que sais-je ?
A qui peut-on faire croire quà notre époque, on ne pourrait pas sattaquer à lillettrisme avec succès ?
Quon ne dise pas que cest impossible ou déraisonnable. A moins quen fin de compte, la situation présente narrange tout le monde. Rappelons-nous le livre de Bourdieu, « La reproduction ». Si tout le monde réussissait, quel serait le mode de désignation des élites ?