Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 09:42

Inédites
PAR NICOLAS DEMORAND Libération
L’étymologie est claire : une crise surgit brutalement, comme un événement imprévu et imprévisible. Pivotale, dans sa violence ou sa sécheresse, elle renvoie le passé aux oubliettes et ouvre sur un nouveau monde, un autre rapport au temps, aux êtres, aux choses, souvent à des idées inédites. Comme le note la philosophe Myriam Revault d’Allonnes, le sens du mot a profondément évolué, décrivant désormais un état durable, d’intensité variable, aux contours flous. Nous ne vivons plus «une» crise ponctuelle mais survivons péniblement à «la» crise, qui se déploie en France depuis plusieurs décennies. Et décrit aussi bien le vacillement de l’Etat-providence que les spasmes de l’économie, les difficultés du système scolaire que le tourment des familles, sans parler des trentenaires qui, à peine sortis de leur propre crise, voient déjà se profiler celle de la quarantaine. «A bas la crise !» donc, pour se débarrasser d’un mot usé qui diffuse dans l’espace public la triple idée de la ruine du passé, de la débâcle du présent et de l’incertitude de l’avenir. Qui empêche, surtout, de penser et d’agir sur les problèmes immenses qui se posent à la société française et qu’aucun des visages que vous croiserez aujourd’hui dans Libé n’aurait la naïveté ou la folie de nier. Ils ne repeignent pas en rose bonbon un monochrome sombre. Ils travaillent, sous le radar, à bâtir ici et maintenant un monde différent, sans être animés par la mystique du chaos fondateur, mais en se demandant simplement comment desserrer les contraintes et soulever les chapes.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

Visites

Recherche

Archives

Articles Récents