J'ai regardé "Boulevard de la mort" le dernier film de Tarantino, comme une oeuvre abstraite . Peu à peu , vous entrez dans le film, où tous les outils classiques sont
utilisés, mais de façon décalée, inattendue, séduisante, illogique. Si le peintre abstrait possède les couleurs, les supports.....et ne cherche surtout pas à
représenter le monde tel qu'il est, mais plutôt comme il le voit, Tarantino lui, joue avec le temps désynchronisé, quand il mélange les bagnoles des années 70 avec
celles d'aujourd'hui, les I pod et téléphones portables avec le juke box...... les images tremblotantes en noir et blanc parsemées de
rayures voire de coupures ,et une caméra qui tournoie de façon vertigineuse autour des protagonistes qui discutent comme des folles de leurs aventures
sexuelles .Il se permet ainsi de raconter deux histoires identiques qui se sont déroulées à 14 mois d'intervalle, le temps pour le héros de se rétablir, entrecoupées
d'un commentaire de deux flics ploucs avisés dans leur propos. Il dépeint un "héros" type sérial killer et hyper macho dans la première partie, pleutre devant des
nénettes hyper déterminées dans la seconde histoire. Il arrive à créer une atmosphère telle que nous regardons le lynchage final en rigolant: sans le moindre sentiment de
vengeance assouvie, ni rejet devant une violence poussée aux extrêmes limites. J'allais oublier, la dernière poursuite de bagnoles, où les gonzesses font n'importe quoi
avec la cascadeuse sur le capot, et tout à coup scandent une litanie qu'elles espèrent salvatrice, "no dead end , no dead end" et qui résonne comme une prière
hyperréaliste.....
A voir sans hésitation, du grand art.....pour moi.