SI la fonction de l'art est d'avancer sur des terrains inconnus,les spectateurs peuvent être déstabilisés, au risque d'être totalement étanches à la nouveauté, à part les "branchouilles" qui sont toujours dans le coup.
Nos connaissances, notre sensibilité, notre vécu contrecarrent naturellement toute nouvelle démarche . L'idéal à mon avis serait d' être perméable à toute forme d'expression, pour mieux la juger.Mais notre logique s'y oppose, nos attentes veillent à nous raccrocher à des concepts bien ancrés.
Si je regarde un ballet classique, l' esthétique est indéniablement présente : pour ma part le geste stéréotypé (pointes,lever de jambes, porter, pirouettes ..... déplacements trottinés......) est devenu trop impersonnel . J'attends autre chose, et cette technique spécifique hypersophistiquée a vieilli: elle m'indiffère, voire m'exaspère.Si j'ai été emballé par Black Swan, ce n'est pas parceque le chorégraphe est le fils d'un collègue, mais l'histoire ajoutée à une forme cinématographique riche, a réussi à mettre entre parenthèses le geste formaté , d'ailleurs mal interprété selon les puristes.... 2 blockbusters.....
Critique valable pour certaines autres techniques qui se sont ringardisées: je me souviens avoir quitté récemment la salle, après un quart d'heure,devant une reprise de Alvin Ailey présentée en ouverture au festivel de danse de Marseille.
L'innovation a la vertu de construire, de nous faire entrer dans un monde encore inconnu,en donnant la priorité à la sensibilité du créateur, avec tous les risques encourus, entre autre de ne pas toujours plaire.
Actuellement une polémique est entrain de naître au Festival d'Avignon, selon laquelle il faudrait revenir à des critères plus traditionnels, avec du "vrai" théâtre des vrais textes, des acteurs "connus". Certains même ne conçoivent pas une fusion possible entre danse et théâtre....inconditionnellement favorable à un retour aux classiques!!!!!
Je pense , pour ma part , qu'il faudrait s'attacher à séduire un public plus populaire., avec des tarifs plus attractifs.... Heureusement le spectacle de rue est entrain de se redévelopper.
La curiosité nous a amené à aller voir " La levée des conflits" de Boris Charmatz.
La chorégraphie s'est déroulée sur un terrain de foot , pas de places assises, à la débrouille, pas de coulisses, on aurait pu la suivre du pont qui domine le stade...... sans payer.
Un premier spectacle de Charmatz "l'Enfant" a été choisi pour l'ouverture du Festvival d'Avignon
Les impressions prennent le temps de mûrir , se développent, s'étayent avec les explications, les commentaires, le temps.
Peu emballé à la fin du spectacle, je suis resté curieux des motivations, des raisons qui ont abouti à cette performance.
Évitons d'être simpliste en réfutant systématiquement ce qui nous déstabilise,ni accepter comme forcément génial ce qui décoiffe.
Ce spectacle a accordé une large place à l'énergie propre à chaque danseur. L'idée de se produire à 24 , en entrant progressivement, où chacun bouge à sa manière, accroupie, le popotin en l'air, en traversant le stade ; une coordination se dégage peu à peu avec des gestes répétitifs,qui contaminent les autres danseurs ;des rituels se construisent, un collectif se formalise, des questions surgissent inévitablement chez le spectateur. Il n'est pas nécessaire de connaitre le répertoire, n'y de chercher à comparer.....tout est neuf, sur un "vieux" terrain de foot!!!!! et curieusement je revis ces moments de cavalcade , en solo, à deux ,en groupe dans le sens inverse des aiguilles d'une montre......bizarre je l'ai encore en mémoire......