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« Ouah ! Elle boite ? Elle s’est fait enculer ou quoi ? »

s’écrie en classe un élève au sujet de sa professeur......
c'est le titre que Paul Villach a choisi pour sa dernière rubrique, où il cherche visiblement à accrocher son lecteur. Il a réagi  à une lettre de prof qui est paru dans le Monde du 3 Décembre,où Véronique Potte,remplaçante depuis cinq ans,  témoigne de  son  ras le bol: débutante et,TZR (Titulaire sur Zone de Remplacement) ,elle crie  son désarroi......
 Cette lettre a  fait aussi réagir  Daniel Sallenave qui lui a consacré sa dernière chronique sur France Culture.
Après le scandale autour du téléphone,  les incivilités de tous les jours continuent à faire les choux gras des médias, alors que le ciné avait déjà anticipé  avec "Entre les murs" et "la Journée de la jupe".
On ne peut pas soupçonner Sallenave d'être une hyper réac, elle rentre dans la catégorie des classiques:par exemple, elle revendique un titre de prof de littérature et non pas de français.  Persuadée , et je ne sais pas si elle a raison qu'il vaut mieux lire un bon livre que d'en écrire un mauvais.Élitiste,surement, elle rallie les plus conservateurs dont Natacha Polony,ex journaliste à Marianne... Quant à Villach, autre prof,  autre tendance, il s'est spécialisé dans l'écriture sur les dysfonctionnements de l'école qu'il explique par  les démissions respectives de l'enseignant, de l'administration et l'inexistence chronique de réel collectif de profs.Une voie qui s'ouvre ?

Extraits de la lettre de Véronique Potte.
« Après la Toussaint, me voici dans le Val-d’Oise. Lundi, mes élèves de 4ème rentrent au compte-gouttes. Certains arrivent par grappes en se catapultant contre la porte d’entrée de la salle de classe qui s’ouvre sous le choc.
 Ils jettent leur sac, changent deux ou trois fois de place, continuent à parler comme si je n’existais pas, ne daignent pas sortir feuille ou stylo.
 Un élève cherche à rouler une pelle (embrasser serait un terme inapproprié) à sa copine du moment, fait semblant d’être étonné que je lui demande des comptes. Un autre petit couple se tripote assidûment sous la table. Une gueulante de ma part. Les élèves s’assoient mais n’arrêtent pas de s’interpeller. Une élève remarque mon désarroi et sourit à pleines dents : « Elle va chialer ! » Comme je rétorque vertement, ce n’est pas encore la curée. En sortant, je dois avoir l’ air hagard car un élève de 5ème me dit : « Oh ! ne vous inquiétez pas Madame ! Ils sont comme ça avec tout le monde ! » Un autre a vu que je boitais et me demande avec bienveillance ce que j’ai, c’est ce qui manque me faire pleurer.
Mardi, deuxième cours avec eux à l’avenant. Comme je me plains en salle des profs, on me dit : « Il y a pire ailleurs ! Ici, les profs tiennent le coup en attendant d’avoir des points. ».........
  Jeudi et vendredi, je prends le carnet : « Oh ! Madame, vous êtes sûre que vous voulez me mettre un mot ? » Menace à peine voilée qui sera réitérée le lendemain. Une exclusion de cours est impossible. L’équipe de Vie scolaire est débordée. On me l’a expressément interdit. »...............
« Week-end infernal. Leurs tentatives d’intimidation commencent à fonctionner. Je pense à eux tout le temps. J’essaie d’imaginer des stratagèmes. Je refais le cours toujours en plus simple pour éviter d’avoir à écrire au tableau, car tourner le dos est souvent source d’agitation, de jets d’objets.....
  Le lundi, comme j’attends le silence depuis 20 minutes, mon cours leur manque, ils sont gênés : « Oh ! Madame, ça se fait pas ! Continuez à parler ! Écoutez pas nos conversations ! » Alors je m’avance dans l’allée pour chercher à capter leur attention. Un élève s’aperçoit que je boîte légèrement »

  citer textuellement l’élève. J’ouvre les guillemets :
« Ouah ! Elle boite ? Elle s’est fait enculer ou quoi ? » C’est un enfant de 13 ans qui parle. »
  Je termine le témoignage. « Je file directement dans le bureau de la principal. Je ne sais pas jusqu’où ils sont capables d’aller. J’arrête. Oh bon ! Ce n’est pas partout comme ça ! me dit-on. Encore heureux ! »
Changeons l'école
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<br /> Lycées : changer le logiciel ! par Cécile Duflot, Marie-Christine Blandin, Philippe Meirieu<br /> LEMONDE.FR | 11.12.09 | 19h11<br /> <br /> <br /> La société française a mal à son lycée et peur de ses lycéens.<br /> Elle a mal à son lycée qui, loin de combler la fracture sociale, l'accroît. Elle a mal à son lycée qui envoie dans l'enseignement supérieur des étudiants peu autonomes, insuffisamment préparés à la<br /> recherche documentaire, au travail en équipe, à la pratique de l'écriture longue et aux approches transdisciplinaires. Elle a mal à son lycée, clivé entre des séries et des filières qu'on ne cesse<br /> de proclamer "d'égale dignité", mais dont la hiérarchisation reste tellement inscrite dans les esprits que les élèves des baccalauréats professionnels sont, dans l'indifférence générale, privés de<br /> philosophie, écartés d'une réflexion sur le bonheur, l'amour, la mort et l'avenir du monde. Elle a mal à son lycée qu'elle "sanctuarise" par des portiques de détection de métal, des caméras de<br /> vidéosurveillance et une inflation de sanctions disciplinaires, quand il faudrait densifier la présence des adultes en son sein, donner aux professeurs des bureaux où recevoir élèves et parents,<br /> dégager des temps de concertation pour imaginer ensemble comment partager le goût de savoir et le plaisir d'apprendre, comment transmettre les savoirs à tous et accompagner chacun. Elle a mal à son<br /> lycée qu'elle ferme à double tour un jour sur deux dans l'année quand tant d'activités de formation sont condamnées à chercher désespérément un vague local pour les accueillir.<br /> <br /> <br /> <br /> Mais la société française a aussi peur de ses lycéens. Les délégués lycéens sont, bien souvent, élus à la va-vite, privés de formation et cantonnés dans des rôles subalternes : on leur demande leur<br /> avis sur l'emplacement des bancs dans la cour… on ne travaille pas avec eux sur les emplois du temps, l'organisation de contrôles, l'importance du tutorat entre élèves, les méthodes efficaces de<br /> travail en classe. Malgré de belles initiatives ici ou là, les comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté, sont, bien souvent, des coquilles vides ! L'orientation reste massivement vécue<br /> comme une sanction. Le retour au lycée après un décrochage ou une première expérience professionnelle est toujours problématique, quand il n'est pas systématiquement écarté. Et chacun sait qu'en<br /> France, ceux qui ont quitté l'école le plus tôt bénéficient le moins de la formation continue : il y a de quoi se sentir floué quand on entend, par ailleurs, ressasser le slogan de "l'égalité des<br /> chances".<br /> <br /> Et voilà qu'arrive aujourd'hui une nouvelle "réforme". Elle s'inscrit dans un contexte général de réduction drastique des moyens en personnels, de recours aux statuts précaires, de suppression des<br /> budgets pédagogiques nationaux. Elle est concomitante d'une désastreuse disparition de toute véritable formation pédagogique des enseignants. Elle maintient un baccalauréat final qui favorise le<br /> bachotage et où, contre tout bon sens et toute véritable exigence, un treize en mathématiques peut rattraper un sept en français… ou vice versa ! Elle propose la mise en place de deux heures<br /> d'"accompagnement" hebdomadaires sans toucher à l'organisation traditionnelle "une heure, une classe, un professeur, une discipline, une note"… Le pire est à craindre car cet "accompagnement<br /> individualisé" risque d'encourager un système de déversoirs successifs vers des soutiens-prothèses de toutes sortes, jusqu'aux cours supplémentaires payants qui se trouvent ainsi légitimés dans<br /> leur existence même.<br /> <br /> Il est temps de changer de logiciel scolaire ! Il faut être résolument ambitieux et, dans les perspectives ouvertes par Condorcet et Jean Zay, faire des lycées de véritables "maisons des savoirs,<br /> de la citoyenneté et de la formation tout au long de la vie". Une collaboration étroite entre l'éducation nationale et les régions s'impose pour cela. Elles doivent travailler ensemble au<br /> décloisonnement entre la formation initiale et la formation continue, inventer des passerelles entre elles pour que nul ne soit jamais assigné à l'échec. Sans une articulation étroite entre ces<br /> deux dimensions gérées aujourd'hui de manière complètement étanche, l'orientation restera un système de tri plus ou moins sélectif et les élèves exclus continueront à se vivre comme des déchets. Il<br /> faut que les lycées intègrent mieux les Greta (centres de formation continue de l'éducation nationale) et s'impliquent dans la validation des acquis de l'expérience : ils pourront alors favoriser<br /> les rencontres entre lycéens, adultes en reconversion et apprentis. Dans le même temps, les lycées doivent devenir des lieux ouverts aux initiatives associatives et culturelles, des espaces<br /> d'accueil pour les échanges et les projets intergénérationnels : il ne suffit pas d'en exclure ceux qui y apportent la violence, il faut aussi y introduire ceux qui peuvent contribuer à y tisser du<br /> lien social.<br /> <br /> Les professeurs, quant à eux, doivent avoir les moyens de mener une pédagogie où l'on ne se contente pas de "donner des cours" avant d'envoyer les élèves "faire leur travail chez eux". Il faut, au<br /> lycée, une pédagogie où l'on apprend en classe et concrètement à faire une dissertation et une expérience scientifique, comme on apprend à usiner une pièce, à élaborer un dossier documentaire, à<br /> déclamer un poème ou à mener un débat. Une pédagogie de l'effort qui ne se contente pas de mettre une mauvaise note à un mauvais devoir, mais donne à chacun les conseils et les moyens d'améliorer,<br /> chaque fois, ses résultats. Une pédagogie qui implique les élèves au quotidien, leur confère de vraies responsabilités et les mette en position de proposer au lieu de les encourager à rester dans<br /> la passivité et le dénigrement. Cela passe, bien sûr, par un meilleur engagement de l'Etat dans la formation initiale et continue des maîtres, mais aussi par des investissements concertés et<br /> rigoureux en matière de politique documentaire, de technologies éducatives, de construction et rénovation des locaux, comme par une meilleure formation et intégration des personnels de service et<br /> par des aides ciblées aux initiatives pédagogiques capables de mobiliser les élèves et d'aider à leur réussite.<br /> <br /> Au total, l'éducation nationale et les régions doivent travailler de concert pour faire des lycées de véritables lieux d'apprentissage tout au long de la vie. Ce projet n'est pas utopique : des<br /> partenariats prometteurs ont été noués. L'enseignement agricole a beaucoup avancé de son côté. De 1992 à 1998, les Verts, à la tête de la région Nord - Pas-de-Calais, avaient mis en place des<br /> "lycées de toutes les chances". Mais tout cela reste trop épars et notre pays reste embourbé dans des conceptions archaïques.<br /> <br /> Une "réforme" des lycées va être mise en œuvre par le ministère. Mais il y a un autre rendez-vous pour les lycées à l'occasion des prochaines élections régionales. Si les Français donnent aux<br /> listes d'Europe Ecologie les moyens d'agir vraiment, dans chaque région, on pourra alors engager une véritable mutation : sortir, enfin, du modèle cloisonné, individualiste, concurrentiel et<br /> marchand de la formation initiale et continue pour construire des lycées éco-responsables et éco-citoyens. Des lycées de la solidarité et de l'exigence. Des lycées pour l'avenir.<br /> <br /> Marie-Christine Blandin, sénatrice, ancienne présidente de la Région Nord - Pas-de-Calais,<br /> <br /> Cécile Duflot, tête de liste d'Europe Ecologie en Ile-de-France,<br /> <br /> Philippe Meirieu, tête de liste d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes<br /> <br /> <br />
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