Un conseil de discipline en 2010......de quoi s'interroger sur un monde qui a changé......une école qui ne sait plus faire.... une violence qui se banalise ?
?
notre système éducatif en cause?? voir le commentaire: extrait d'un dialogue entre Descoings et Dubet,qui ouvrent des pistes.Il y en a d'autres.....une chose est sûre: c'est du qualitatif qu'il
faut.
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Les maux de l'école<br />
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Le face-à-face Richard Descoings et François Dubet. Le directeur de Sciences-Po, auteur du rapport sur le lycée, et le sociologue de l'éducation dénoncent les vices de notre système scolaire et<br />
proposent des remèdes.<br />
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Professeur de sociologie à l'université de Bordeaux-II et directeur d'études à l'EHESS, François Dubet a publié «L'Hypocrisie scolaire. Pour un collège enfin démocratique», «L'Ecole des chances<br />
Qu'est-ce qu'une école juste ?», «Faits d'école» et «le Travail des sociétés» (Seuil). Directeur de l'Institut d'Etudes politiques (Sciences-Po) de Paris, Richard Descoings a été chargé de la<br />
mission de concertation sur le lycée par Nicolas Sarkozy. Il a remis son rapport en juin dernier. Il a publié récemment «Sciences-Po. De La Courneuve à Shanghai». Le Nouvel Observateur. - Comment<br />
jugez-vous l'école ? François Dubet. - L'école française est inégalitaire et plutôt plus que la société elle-même. Le niveau n'est pas extraordinairement élevé. L'articulation avec le marché du<br />
travail est difficile, ce qui explique d'ailleurs le pessimisme de la jeunesse. Enfin, le climat éducatif est plutôt mauvais. N. O. - Est-ce propre à la France ? Richard Descoings. - Dans tous les<br />
pays développés ces questions se posent : en Grande-Bretagne, en Allemagne. Mais plus encore en France qui vit sur le mythe fondateur d'une école républicaine juste, équitable, efficace. Or en<br />
réalité, il n'y a pas de consensus social sur le rôle de l'école. La meilleure preuve ? Chaque fois qu'on a eu un débat pour réformer l'école, il n'a pas vraiment débouché.<br />
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F. Dubet. - En France, nous gardons un rapport quasi religieux à notre école. C'est notre singularité. L'école républicaine s'est coulée dans un modèle religieux. Elle a chassé le Bon Dieu mais<br />
elle a gardé la structure. Il n'y a pas de salut hors des diplômes, pas de salut social ni de vraie dignité. Les Français croient, plus encore que dans les autres pays, que l'école seule est<br />
habilitée à donner une position sociale aux individus. Et dès lors que vous croyez cela, vous créez un jeu scolaire tendu, compétitif, d'une grande cruauté. C'est très différent au Canada par<br />
exemple, si vous échouez dans vos études la vie ne s'arrête pas pour autant.<br />
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N. O. - On reproche aussi précisément aux études d'être trop abstraites, conçues pour une certaine frange de la population ?<br />
F. Dubet. - Nous héritons d'une situation ancienne. Il y a vingt ans, l'enseignement de sixième était fabriqué idéalement pour des élèves qui feraient une classe préparatoire. Vous avez donc<br />
toujours une logique «sportive», les plus rapides grimpent les cols à toute vitesse, et les autres sont orientés vers des collines moins difficiles. Tout le monde est défini par sa distance au<br />
champion. Par son niveau d'échec. C'est une école dans laquelle on n'est jamais bon. C'est pour cela que le climat éducatif français est si mauvais. Avec les conséquences qu'on connaît :<br />
absentéisme, violence...<br />
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R. Descoings. - La France est d'ailleurs le seul pays à recourir à la «constante macabre», le terme quasi officiel pour désigner la façon qu'ont les professeurs de trier, quel que soit le niveau de<br />
la classe (même en prépa à Louis-le-Grand), les élèves en trois groupes : les bons, les moyens et les mauvais. Si tout le monde réussit un exercice de maths, il est considéré comme trop facile. Il<br />
faut toujours qu'un tiers des élèves échouent.<br />
F. Dubet. - Je n'ai aucune hostilité à l'égard des prépas des grandes écoles et de l'excellence, le problème est qu'elles commandent la logique du système. Le prix à payer de cet élitisme, c'est<br />
l'existence du lycée professionnel et le mépris dont il est entouré. Un système scolaire se juge du point de vue du plus grand nombre.<br />
R. Descoings. - Un exemple très concret. On fait actuellement une importante réforme du lycée professionnel qui concerne 40% des lycéens. 40% ! Qui en parle ? Personne.<br />
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N. O. - Une école où on ne se sent jamais bon, n'est-ce pas ravageur pour l'élève ?<br />
R. Descoings. - Au cours de la consultation que j'ai menée cette année dans les lycées, le mot «humiliation» revenait tout le temps dans la bouche de très nombreux jeunes. L'un d'eux m'a même parlé<br />
d'«effroi» et d'«ennui». On retrouve la notion de religieux. Un reste de catholicisme. Il faut du péché, il faut de la punition.<br />
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N. O. - L'école ne devrait-elle pas avoir pour vocation de bâtir l'estime de soi ?<br />
F. Dubet. - Oui ! D'après les comparaisons internationales, la France est le pays où les jeunes ont le moins confiance en eux- mêmes et dans leurs enseignants. A l'étranger, 85% des élèves disent<br />
interroger leurs profs quand ils ne comprennent pas. En France, 85% des élèves disent ne pas oser le faire de peur d'être critiqués. Les Danois ont des résultats scolaires décevants, mais ils<br />
préfèrent leur système où les élèves ont confiance en eux, apprennent à parler, communiquent avec les autres, travaillent en groupe et sauront plus tard se former. Ils nous disent : «Vous les<br />
Français, vous fabriquez quelques savants, pour le reste, les gens sont teigneux, défensifs, agressifs, vaniteux...»<br />
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N. O. - Les élèves se sentiraient-ils mieux, progresseraient-ils davantage dans des classes de niveau ?<br />
F. Dubet. - Si vous séparez les bons et les mauvais, vous ne faites pas tellement augmenter le niveau des bons, vous faites beaucoup baisser celui des mauvais, et donc la société y perd au bout du<br />
compte. Sans compter les problèmes moraux : jusqu'où va-t-on ? Après tout, pourquoi ne pas séparer les beaux et les laids, les garçons et les filles ! Quand on commence à séparer les gens, il n'y<br />
aucune raison de s'arrêter... Le problème est que l'école ne sait pas remédier aux inégalités qui s'accumulent année après année : vous naissez dans une famille pauvre, première inégalité; vous<br />
allez dans cette école moins bonne avec des enseignants inexpérimentés, une de plus; vos parents sont moins ambitieux pour l'orientation, encore une autre; vous passez des concours où il faut une<br />
langue vivante fluide, or vous n'avez pas fait de séjour à l'étranger... Et finalement, à 18 ans, l'écart des performances scolaires est énorme entre vous qui préparez un bac pro en maçonnerie et<br />
un élève en classe prépa.<br />
R. Descoings. - Cette réalité vécue est d'autant plus insupportable que la France continue à nous servir de grands discours sur l'égalité.<br />
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N. O. - La France est-elle mûre pour une révolution culturelle ? Estelle prête à accepter une école moins compétitive, un enseignement moins abstrait ?<br />
R. Descoings. - Je ne crois pas qu'elle soit prête à modifier le triptyque classes prépas-grandes écoles - et la voie générale de lycée qui y mène.<br />
F. Dubet. - Nous avons un problème en France pour réformer, contrairement aux autres pays. Quand les Américains ont découvert en 1986 que leur système n'était pas bon, ils l'ont réformé. Les<br />
Finlandais n'étaient pas contents de leur école, il y a plus de vingt ans : ils en ont inventé une autre que tout le monde vante aujourd'hui. En France, si vous pensez d'une manière quasi<br />
religieuse que la totalité du destin de vos enfants se joue à l'école, tout changement vous apparaît comme une menace. Et si vous êtes persuadé que, au fond, ce système vous est plutôt favorable<br />
tel qu'il est, ce qui est le cas des classes moyennes cultivées, je ne vois pas au nom de quoi vous accepteriez un changement qui vous enlèverait un avantage décisif puisqu'il s'agit de l'avenir de<br />
vos enfants.<br />
R. Descoings. - Le système est d'autant plus verrouillé que les perdants de la compétition scolaire n'osent pas faire entendre leur voix : ils se sentent illégitimes pour intervenir dans le débat<br />
sur l'école. Les représentants des parents d'élèves sont souvent des enseignants.<br />
F. Dubet. - Le monde scolaire est terriblement endogène. Si les enseignants étaient syndiqués à la CGT et à la CFDT plutôt que dans des syndicats qui leur sont exclusivement réservés, ils<br />
n'oseraient pas expliquer à leurs collègues salariés d'entreprise, ouvriers, techniciens... qu'il faut orienter vers l'enseignement professionnel les élèves en difficulté ! Le monde scolaire ne<br />
reconnaît que les compétences dégagées par l'école. Il oriente les élèves faibles vers l'enseignement professionnel, persuadé qu'il n'y a pas besoin de compétences pour y entrer. Comme si démonter<br />
un moteur Diesel ne requérait pas autant de compétences, sinon plus, que de commenter un texte de Flaubert.<br />
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N. O. - L'école qu'on pourrait souhaiter pour la France, à quoi ressemblerait-elle ?<br />
F. Dubet. - Il faudrait d'abord renoncer à l'idée d'une école parfaite censée sauver la société de toutes ses tares. On sait bien ce qu'est une bonne école : les enfants y apprennent beaucoup de<br />
choses, elle sélectionne -car toute école sélectionne- de la manière la moins injuste et la moins cruelle possible, et les élèves s'y sentent bien.<br />
R. Descoings. - J'ajouterai : une école dont on arrêterait de dire qu'on veut la réformer. Aujourd'hui, ce dont souffre le plus l'Education nationale est de n'être pas gérée. Que penser d'une<br />
gestion qui répartit mécaniquement les postes de professeurs en fonction du nombre d'élèves sans prendre en considération leur niveau, leurs difficultés, leur origine sociale ? C'est pourtant comme<br />
cela que ça se passe.<br />
F. Dubet. - Elle est gérée, elle n'est pas gouvernée. Que le bac se passe sans encombre tous les ans tient du miracle. Le bateau tient. Mais est-il piloté ? De toute évidence,<br />
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